Interview Loane

26 mai

Loane est une auteure, compositrice, interprète française, qui s’est fait connaître du grand public en 2008 lors du Printemps de Bourges. Avec un univers empli de douceur et de générosité, elle nous fait voyager entre électro pop et chanson française, acoustique et synthétique. Passionnée par la musique depuis toute petite, Loane est attirée par les réalisations concrètes, solides et tangibles, comme l’attestent ses rencontres avec le réalisateur Fabrice Dumont (Télépopmusik), David Sztanke aka Tahiti Boy, Christophe ou bien Lenny Kravitz.

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D’où te vient ce goût prononcé pour la musique ? As-tu été élevé par des parents mélomanes ?

En fait, j’avais un philicorda, c’est un petit orgue, qui était chez moi, chez mes parents, quand j’étais petite. Mon père m’a appris à en faire, et quand je me replonge dans le passé, je me rends compte que j’avais l’oreille musicale, parce que je chantais et développais deux, trois accords, essayant d’en trouver d’autres. J’ai vraiment été attiré par ça. J’ai eu la chance que cet orgue soit là, car je n’ai pas le souvenir que mes parents l’ont vraiment utilisé. Il était chez moi, donc c’est une chance d’avoir un tel instrument comme ça et de tout de suite voir que ça me plaisait.

Y-a-t-il eu un suivi tout au long de ton enfance et de ton adolescence ?

J’ai toujours eu ce philicorda. Après j’ai voulu prendre des cours, ma mère me raconte que je n’ai pas été accepté car je ne savais pas lire les notes. J’ai fait pleins de cours différents, à chaque fois j’arrêtais, c’était compliqué, disons que j’ai l’oreille pour comprendre les accords et les notes dans ma tête, c’est une lecture personnelle, mais sur le solfège je bloque. A 12 ans, j’ai eu un piano, il semble que j’avais vraiment envie de faire du piano, donc on m’en a offert un. Après, j’en ai fait tout le temps, tous les jours.

Pas de formation musicale ?

Si, j’ai fait le conservatoire, pendant des années j’ai pris des cours particuliers et j’ai essayé pleins de cours. Pourtant à l’école, j’étais bonne élève, donc ce n’est pas le travail, ni le côté studieux qui me dérangent, en cours jusqu’en 3ème j’avais les félicitations. Après, j’ai commencé à fumer des clopes et à boire des bières (rires), donc je n’ai plus trop bossé. Mais j’étais assidue à l’école, c’était plus avec la lecture du solfège que je bloquais.

On voit que tu mets l’accent sur une forme de chanter-parler dans tes chansons, est-ce une variante du spoken word ?

J’adore les chansons où les paroles sont interprétées sans forcément être chanter, je trouve ça vraiment puissant, je pense à Françoise Hardy notamment, elle en a fait pas mal. Je n’aime pas trop les cases, j’aime bien en sortir.

Mets-tu un point d’orgue sur l’aspect mélodique ou plus sur les paroles ?

Disons que lorsque je compose, la mélodie vient tout de suite. La mélodie c’est vraiment essentiel. Je suis plus musicalité que texte. Globalement quand j’écoute des chansons de groupes anglophones, allemands ou danois, il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas et en anglais pareil, on ne comprend pas tout non plus, à cause de l’articulation ou du style d’accent. C’est la musique qui parle, il n’y a pas forcément besoin de mots pour générer une émotion. Parler on le fait tous toute la journée, alors que la musique c’est autre chose.

Du coup recherches-tu cette immédiateté avec le public, en développant ce côté très direct et spontané ?

J’aime bien les choses directes. Quand je travaille sur les chansons, cela me prend beaucoup de temps, au-niveau des arrangements. J’ai pris beaucoup de temps à arranger le disque, avant de rentrer en studio. C’était vraiment important d’avoir les bons sons et de développer l’univers que je voulais sur cet album. Je n’ai pas tellement peur du changement et en même temps de faire de nouvelles expériences.

Il y a beaucoup de contrastes dans ta musique…

Il y a des contrastes tout à fait, des ambivalences aussi. J’aime chanter en français, là je viens de terminer des concerts piano-voix, c’est très pur, on y retrouve toute la beauté des concerts que j’aime : Michel Berger, Véronique Sanson, Barbara. Il y a Benjamin Biolay qui fait ça, des chansons piano-voix, au sens noble avec le piano et un côté hyper classique avec les mots. J’aime bien quand une chanson, peut être totalement différente dans un autre univers, avec des synthés ou d’autres rythmes. Je suis convaincue que c’est complètement possible de faire une chanson dans plusieurs genres. On est auteur-compositeur et les styles évoluent et changent, ce sont des robes en fait, ce sont comme nos fringues. On peut changer de robes comme de styles, hier c’était les pattes d’eph, aujourd’hui c’est le cuir et demain ce sera les pulls en laine!! Les compos c’est le squelette et c’est amusant de se dire qu’il n’y a pas qu’un style ou qu’une seule manière de faire.

Au sujet de tes chansons, peut-on parler du journal intime d’une jeune femme gourmande d’expériences, qui traite de son vécu personnel ?

Oui c’est tiré de mes expériences, mais je ne voulais pas en faire un réceptacle à mes joies ou à mes peines. Je suis plutôt inspirée dans des moments de nostalgie, de chagrin ou lorsqu’il y a des émotions fortes. Je me sers d’une vraie émotion, après je change de scénario et ça en devient du travail.

Est-ce qu’il s’agit d’une jeune fille désespérément désespérée par les garçons ?

Non, disons que c’est plus un tableau d’un moment de vie, c’est comme un polaroid d’une fille qui pourrait être moi en effet, mais qui essaye de gommer des petites choses plus personnelles. Le but, c’est d’ouvrir et de partager mes expériences aux filles et aux garçons, qu’ils se retrouvent un petit peu là-dedans, dans le particulier qui peut devenir un peu général. Raconter ses petits trucs à soi, c’est le moteur au départ, et après il y a cette envie de partager. Dans mes chansons, il est souvent question d’amours contrariés, de ruptures, mais cela me plait de développer la rupture, c’est une vicissitude de la vie.

C’est un coup d’œil introspectif ?

On pourrait dire que c’est un carnet intime, il y a des retours en arrière, il y a des souvenirs. Il y a une chanson par exemple qui s’appelle « Les châteaux hollandais » et qui fait référence à un endroit que j’ai connue étant petite. J’aime bien retourner dans le passé, et aussi cette manière d’être sincère et de puiser à l’intérieur de soi pour s’écouter. Toutes nos expériences, nos douleurs, nos petites fêlures constituent une espèce de bagage, avec lequel on prend appui pour aller puiser des émotions fortes. Lorsque je suis joyeuse, j’ai plutôt envie de sortir et de faire autre chose. Après, j’aime beaucoup les chansons un peu débiles et légères, second degré, du genre pop naïve. Dans les années 80 il y’en avait beaucoup. Les chansons dites naïves, traitent de choses profondes et ce mélange-là rentre dans le principe de mon album. Il y a pleins de couleurs et de rythmes différents.

Comment s’est passée ta rencontre avec Christophe ?

Christophe fait partie de mes chanteurs français de référence, en plus lui il a beaucoup de style, il a traversé les époques, sans changer, toujours à la recherche de nouveaux sons. J’ai demandé à le rencontrer, quand je faisais mon album et après on a continué à faire des choses ensemble et à collaborer sur des concerts. J’ai enregistré la chanson Boby en septembre et j’allais le sortir en single. J’ai proposé à Christophe de chanter le refrain et on s’est dit qu’on allait la sortir ensemble, on a fait la promo tous les deux, puis on a fait un clip.

Et avec Lenny Kravitz ?

Lenny je l’ai rencontré il y a 3 ou 4 ans, lorsque j’étais chez EMI, à la sortie d’un concert. J’étais en loge et on s’est parlé, on a gardé le contact et nous sommes devenus proches. On se voyait de temps en temps, on écoutait de la musique. Lorsque j’ai enregistré mon second disque, il était à Paris et il est passé me voir. Il connaissait toutes mes chansons et il m’a pas mal soutenu et encouragé. Au moment où j’allais poser mes voix, je lui ai demandé de me corriger les textes et la chanson il la connaissait très bien, puisque il l’avait écouté plusieurs fois. Je lui ai demandé de chanter avec moi sur « Save us », et le lendemain, il est venu poser sa voix, ce fût une vraie aventure musicale.

Fais-tu le lien dans tes chansons entre pop synthétique et chanson française ?

Oui il y a un voyage entre chanson française et une pop aux échappées nouvelles. Mon premier album était plus classique et acoustique. Je l’avais fait réaliser par Frédéric Fortuné et par Fabrice Dumont, c’étaient des copains, Fabrice étant un des membres du groupe Télépopmusik. Bien que nous n’avons pas fait d’électronique sur le premier disque, j’étais rassurée d’avoir quelqu’un qui était caution d’un bon goût en chanson française.  Et sur le second, c’est Tahiti Boy alias David Sztanke et Yann Arnaud, ingé son et réalisateur, qui m’ont aidé. Ils se promènent et se baladent. Ce sont des petits chercheurs, qui expérimentent et qui ne craignent pas d’essayer des choses.

Boby est-il ton titre de référence, celui dont tu es le plus fier ?

Oui et il y a aussi l’histoire musicale avec Lenny et le fait qu’il a posé sa voix, c’est un symbole. Il voulait m’encourager et s’impliquer. C’était vraiment un beau cadeau. Christophe c’était magnifique, c’est un géant qui m’encourage, on partage pas mal de moments musicaux. Je me rends compte que ce sont de grands artistes, de grands songwriters avec un univers exceptionnel.

As-tu pensé à ta future collaboration ?

Oui il y a des gens que j’aime beaucoup mais je ne le dirais pas. En fait, je n’arrive pas à parler de choses qui ne sont pas faites. Pour l’instant, je suis en train d’écrire. En chanson française, parmi les gens que j’aime, il y a Daho, j’aime bien son titre avec Lou Doillon, il y a Françoise Hardy que j’aime beaucoup. J’ai découvert récemment un artiste qui s’appelle AV et je l’ai trouvé vraiment fort. C’est bien fait.

Tu parlais tout à l’heure de blessures et de fêlures relatives au passé, justement les fantômes sont-ils plus facilement exorcisables via la musique ?

C’est la catharsis quoi, comme à l’époque de la Grèce antique, où les gens venaient pleurer, en regardant une pièce de théâtre. En tout cas, je ne sors pas tout, il y a beaucoup de choses qui restent dans mes tiroirs, qui sont en attente ou qui sont en cours. Je m’exprime vachement, j’écris et après je fais un tri, pour essayer de le partager. Ecrire c’est en quelque sorte pour préciser sa pensée à soi-même, car avec les mots on avance. Il y a de la censure aussi dans l’écrit, il y a pleins de choses cachées et de trésors dans l’écriture. Ça me fait du bien d’écrire, de composer, de me mettre au synthé, au piano et de faire de la musique. Avec tout ça, j’oublie tout, après concernant le partage c’est autre chose.

C’est un genre de mélopée mélancolique ?

Il y a un côté automne, plus que monotone, avec les feuilles qui tombent, mais par contre sur les feuilles, il y a pleins de couleurs différentes. Je n’aime pas les chansons qui traitent de l’hyper-réel et les choses qui nous ramènent trop à la réalité. Il y a une limite que je n’arrive pas à franchir.

As-tu l’impression de constater que les chansons d’amour sont davantage chantées par des femmes et que c’est également un comportement très féminin ?

Il n’y a pas que les filles qui parlent d’amour et de ruptures, il y a aussi les garçons. Daho par exemple, c’est un grand romantique, ses chansons sont magnifiques. Dominique A c’est un répertoire très sensible. Il y a beaucoup de filles qui chantent des chansons d’amour, alors que derrière les auteurs sont des hommes. Souvent on aime une chanteuse, alors qu’au final, c’est écrit par un homme. Les sentiments liés à la mélancolie sont chez tout le monde, après il y a la pudeur, il y a des filles pudiques et puis il y a la langue, avec le français on comprend tout. Antony & the Johnsons c’ est hyper mélancolique et ça ne parle que d’amour. Bon Iver, c’est de l’amour aussi, avec sa chanson « For Emma ». Gainsbourg c’est aussi de l’amour « Je suis venu te dire que Je m’en vais », « Histoire de Melody Nelson ». Bashung, avec « Madame Rêve », il parle d’une femme c’est magnifique. Il y a une liste incroyable. Ce n’est pas parce que c’est une fille qui chante que c’est plus mignon. Après chaque personne a son style. Moi je suis ultra-sensible, plutôt dans l’émotion.

Remerciements: Loane, Audrey Vauvillier

Clément Gasc

Interview Brune

21 mai

Exit Zaz, Camélia Jordana et Joyce Jonathan, place à la chanteuse Brune, pianiste et guitariste qui défriche de nouveaux horizons musicaux, dans un univers oscillant intelligemment entre rock, pop et chanson française. Rencontre avec cette jeune artiste originaire de la banlieue lyonnaise, qui développe de belles ballades acoustiques et poétiques aux textes tendres et ironiques. Un répertoire fragile et très personnel, immédiatement évocateur, avec une palette intime et mélancolique et pourtant assurément moderne.

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Tout d’abord, quelles sont les news pour toi ?

J’ai écrit les chansons de mon deuxième album et j’ai fait appel de nouveau à Valentin Montu, le réalisateur de mon premier album. Il travaille depuis pas mal de temps sur les arrangements. On travaille à la maison, alors ça permet de prendre notre temps, de faire, défaire, refaire… jusqu’à ce que le résultat nous plaise vraiment. Il devrait sortir début 2013. J’avoue que maintenant, j’ai vraiment hâte de retourner sur scène pour les chanter. Ça me manque vraiment beaucoup…On fait un concert sur Paris le 12 juillet pour le festival Soirs d’été, ce sera l’occasion de tester quelques nouveaux titres.

Au sujet de ton univers, pouvons-nous parler de « french pop »?

Et bien en fait, j’aime bien dire cela, ça fait classe. J’écoute beaucoup plus de musiques anglaises que françaises et nos arrangements sont plus dans l’esprit anglais, c’est pour cela que je parle de pop. Et french car je n’aurais jamais pu chanter en anglais, d’une part à cause de mon accent et d’autre part, parce que je ne ressens pas les choses aussi sincèrement en anglais qu’en français…Après il y’ a l’autre débat sur « est- ce que la variété française est de la pop ? », mais ce serait difficile de débattre de ça ici.

Et puis sinon le 2ème album sera un peu plus rock, donc  je dirais « french pop rock ».

Alors as-tu vraiment un cheveu blanc sur toi, pour en revenir à un des morceaux qui t’a fait connaître ?

Et oui et je n’ai pas qu’un seul cheveu blanc malheureusement. Alors je les arrache quand ils sont trop visibles, même si je sais que ce n’est pas bien de faire ça.

Mes textes sont très autobiographiques, tout ce que je dis dans les textes sont des choses vraies, bon, parfois je brode autour mais dans l’ensemble ça me ressemble beaucoup… Par contre dans l’album qui va venir, j’ai essayé de parler de choses qui me touchent tout autour de moi, j’ai essayé d’être moins centrée autour de mon nombril…

Lorsque tu vas en boite, t’effaces-tu devant toutes ces filles si jeunes et si belles ? 

Et bien en fait la dernière fois que je suis allée en boite de nuit, je crois que c’était en 2007, dans le sud de la France. J’étais en vacances avec une copine. C’était la première fois que je ressentais un décalage avec les autres. Ça m’a foutu un coup !! Du coup, je n’ai jamais remis les pieds dans une boite sauf pour y faire des concerts…

Donc une femme pour toi, ce n’est pas comme un bon vin, ça ne se bonifie pas avec l’âge ?

Oui effectivement je me dis toujours qu’un homme est toujours plus beau quand il vieillit qu’une femme. Et puis maintenant je suis en train de changer d’avis…enfin j’essaie de me persuader car je n’ai pas le choix.  Alors j’essaie de prendre soin de moi, d’utiliser de bons produits par exemple en maquillage, ou pour me démaquiller… je me dis que comme ça j’évite un peu les dégâts pour plus tard… Je me rassure aussi en me disant que plus on vieillit, plus on acquiert de la sagesse et plus on profite du temps présent. On attache moins d’importance aux choses futiles…Et c’est vrai que quand je repense à mes 15 ans et quand j’étais mal dans ma peau, je n’ai pas envie de retourner en arrière. Ou alors, j’aimerais avoir mes 15 ans avec le mental d’aujourd’hui…

Justement, as-tu l’impression de subir douloureusement la fuite du temps qui passe inexorablement ?

J’aimerai vraiment arrêter le temps parfois. Quand je vois mes neveux, leur émerveillement dans les yeux, je n’ai pas envie de les voir grandir. Je me dis que le jour où je serai maman à mon tour, ce sera terrible…  En tout cas j’essaie de ne plus subir ce temps qui passe. J’essaie d’en profiter au maximum…

Tu utilises souvent la douce métaphore du temps dans tes chansons. Cela signifie-t-il que nous sommes plongés et jetés dans un temps qui nous précède toujours ? 

Je ne comprends pas ta question… Là ça devient trop philosophique… tu sais, je ne suis qu’une brune … (rires)

Par rapport à ta chanson « Tout ça me dérange », qu’est-ce qui te titille le plus au jour d’aujourd’hui ?

A l’époque j’ai écrit cette chanson, car je faisais depuis 10 ans un travail que je n’aimais pas. Et je me demandais combien de temps tout cela allait durer… Se lever, partir, rentrer chez soi en ayant l’impression d’avoir perdu sa journée… Etait-ce cela le sens de la vie ? Avoir un travail uniquement pour payer son loyer, sa bouffe… ?  Ça me révoltait de devoir suivre les autres comme un mouton… Aujourd’hui oui, même si je ne suis plus prof, il y a des choses qui me titillent dans mon boulot d’artiste… je me demande où va la musique en France, je me demande pourquoi on n’entend plus de rock français à la radio, pourquoi tout est aseptisé etc etc ….Voilà, là je te parle de quelque chose qui touche mon métier… Après la misère des gens de plus en plus, tous les jours, les émissions de télé réalité débiles où l’on nous montre des gens qui ne font rien de leur vie et que l’on met dans la lumière…la superficialité… tout ça m’énerve ! Et encore plein d’autres choses…. La liste est longue !!

La chanson « Paris » regorge de relents mélancoliques, as-tu une part de nostalgie et d’inquiétude au fond de toi ?

Encore une fois, cette nostalgie est liée au temps qui passe. J’aime me rappeler des souvenirs, fermer les yeux et penser au passé… Je ne trouve pas ça triste, au contraire c’est doux, ça me rassure…Et l’inquiétude oui, j’ai ça en moi, je ne peux pas le nier…

Que représente Paris à tes yeux ? Il me semble que tu viens de la région Rhône Alpes, pourquoi ne pas avoir choisi un titre comme Lyon, une ville dont on ne parle que très rarement, à part pour ses exploits footbalistiques ?

Benjamin Biolay a écrit une chanson sur Lyon récemment donc je vais attendre un petit peu avant d’en faire une dessus. Et puis pour moi, commencer mon album par une chanson qui s’appelle Paris c’était vraiment symbolique. Venant de la banlieue lyonnaise, Paris me faisait rêver depuis l’adolescence, depuis que je sais que je veux faire de la musique mon métier. Mes parents pensaient que j’allais me sortir cette idée de la tête mais non !! Paris était magique pour moi… Et puis bon, en m’y installant je me suis rendu compte que cette ville pouvait aussi me faire souffrir… Voilà pourquoi cette chanson…Mais je ne désespère pas d’écrire un jour sur Lyon !!

Est-ce qu’une brune peux me faire une blague de blonde, du genre pourquoi les blondes ne mangent-elles pas de bananes ?

Et bien en fait, j’ai même plutôt envie de te faire une blague de brune, désolée…

Pourquoi les brunes se rasent-elles les bras?… Pour pouvoir lire l’heure !!

Où pars-tu cet été ? Un endroit qui te fait particulièrement rêver ?

J’ai eu la chance de partir en janvier dernier à l’Ile Maurice. J’aime partir quand il fait froid à Paris. Et c’est ce qui est bien avec ce métier, pouvoir partir hors vacances scolaires, un peu quand on veut… Cet été ce sera plutôt famille sur Lyon et Avignon… Sinon, j’adore les caraïbes anglaises surtout… l’eau turquoise et le sable blanc… les photos de carte postale…Moi qui avait peur de l’avion avant, maintenant je pars les yeux fermés.

Qu’est-ce que je peux te souhaiter Brune pour cette année 2012 ?

Tu peux me souhaiter d’écrire 2354 nouvelles chansons (et des bonnes), d’avoir une dose immense de patience et de positivité en moi, de l’amour, et de continuer à vivre des petits bonheurs tout en ayant une bonne santé…Voilà, ce serait déjà pas mal ! Merci d’avance…

Remerciements: Brune

Clément Gasc 

Interview Odezenne

16 mai

Odezenne est un groupe de rap français, originaire de Bordeaux, composé de Jaco, Alix, Mattia, Lodjeez et Priska, et qui se différencie du milieu du rap français, par un caractère subversif, élaborant une vraie personnalité, bien loin des tentations commerciales. Leur musique hybride, mélange audacieusement la tendance rap des années 90 à un hip-hop futuriste, expérimental et métaphorique, ouvert et très décalé, et qui devrait toucher ainsi un large public.

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Quels sont vos rôles respectifs ?

Mattia je fais les prods – Jaco et Alix, nous sommes les mc- Lodjeez aux platines, Dj et scratch – Priska danseuse et musicienne.

Date de création du groupe ?

Le premier concert que nous avons fait ensemble tous les cinq, c’était en avril 2007, mais on faisait déjà un peu de son avant, comme ça pour délirer, entre potes. Nous étions potes, avant de vouloir monter un groupe. On s’est rencontrés à Bordeaux et on y vit. (Alix)

Avez-vous une quelconque étiquette dans le rap ?

Nous, on ne se met pas d’étiquettes, mais les gens en mettent forcément. Il y a un peu de tout, de l’électro, du conscient, du décalé, ce genre de choses… Mais pour nous, c’est de la musique avant tout. (Alix)

On retrouve un côté rétro dans vos prods, qui renvoie à La Rumeur et aussi un zest de rap alternatif genre TTC, Svinkels, ATK, La Caution ou Grem’s. Etes-vous d’accord avec ces références ?

La Rumeur, c’est un groupe que j’ai beaucoup aimé personnellement, les autres ont moins écouté. Mais on ne peut pas se comparer à eux. Nous sommes quand même moins dans le rap conscient. Il y a peut-être une similitude sur le fait qu’on n’a pas trop de gimmicks dans la façon de rapper et ce sont des voix assez naturelles. Ça y fait peut-être penser quand tu regardes, mais au fond ça n’a pas grand-chose à voir. (Alix)

Vous revendiquez-vous tout de même de ce rap alternatif, par rapport à la scène rap plus commerciale ?

Non, on ne se revendique de rien, on fait notre musique comme ça, en fonction des influences de chacun. Il est vrai que lorsque on regarde le rap qui se vend, le rap dit « commercial », on est forcément un peu alternatif par rapport à ce mouvement là, mais ce n’est pas un souhait à tout prix, nous faisons la musique qui nous ressemble, et comme on ne chante pas, c’est du rap, c’est tout. (Alix)

Y-a-t-il une envie de se démarquer du modèle rap US de référence, notamment au-niveau des prods ?

Non, il y a surtout une envie d’exister en tant qu’Odezenne et non de se démarquer. (Alix)

On ne se démarque pas, on fait ce que l’on veut. (Jaco)

On essaye vraiment de trouver quelque chose qui va nous plaire à tous et il y a effectivement un petit peu de rap, de rock, d’électro, il y a beaucoup de choses, donc c’est dur de se cantonner à un style. (Mattia)

Pour te montrer à quel point, nous n’avons pas la volonté de nous démarquer, car pour se démarquer, il faudrait en avoir conscience : Mattia c’est la voix musicale du groupe, il compose tout, il n’écoute pas de rap, ce n’est pas sa culture, ni son monde, il fait par rapport à nos inspirations communes, ça se démarque parce que nous sommes des humains et que nous sommes tous uniques, notre son il nous ressemble et dans ce sens, il est unique. (Alix)

Mattia qu’est-ce qui te fait aller vers une sonorité plutôt qu’une autre ?

Ah il n’y a pas de plans, je ne suis pas fermé, on commence par quelque chose et après tu avances, et au final il en ressort un disque après les sessions studio. C’est vraiment une photographie de ce qu’on a kiffé faire à un moment précis. Si aujourd’hui, on repartait en studio, on ne referait pas du tout la même chose, ça bouge tout le temps. (Mattia)

Quelle est l’actualité d’Odezenne ?

On a récemment gagné le Prix Adami Deezer, avec trois festivals à la clé, en Suisse, en Belgique et en France : Montreux Jazz Festival, Europavox et Les Nuits Botaniques à Bruxelles. Donc pour nous, c’est plutôt cool et nous avons aussi été programmés par Les Inrocks. (Alix)

Plutôt cool ou magnifique tremplin ?

Non c’est super bien, nous sommes vraiment contents. Surtout, que dans le jury du Prix Adami Deezer, il y avait le rédac chef des Inrocks JD Beauvallet, qui je crois à bien apprécier le disque. Depuis, il nous a invités pour jouer à La Flèche d’Or, pour nous c’est du plus, on prend tout ça, on kiffe. Je t’avoue ne pas avoir toutes les dates en tête, mais il y a une vraie tournée qui se programme dès la rentrée. Nous allons passer un petit peu partout en province. (Alix)

Via votre rap, avez-vous envie de faire passer des messages conscients ?

Notre rap n’est pas cool, détente. C’est assez hard et parfois cynique et même un peu froid. Nous sommes pleins d’engagement, parce que dans la vie nous sommes comme ça. On s’engage à fond dans notre musique et dans nos disques. Nos messages ne sont pas clairs, parce que tout le monde n’a pas la même vie, tout le monde n’a pas les mêmes idéaux, on ne va pas dire pour qui on va voter, on ne fait pas du militantisme ou du prosélytisme. On donne le change à notre manière, mais on aime bien jouer sur ce discours pas clair. (Alix)

Que reflète un titre comme « Tupuducu » ?

« Tupuducu » c’est la blague de fin de studio, c’est le morceau que tu fais parce que tu as juste envie de te marrer, et il se trouve qu’au final, avec le clip ça marche bien et en plus c’est le morceau qui te porte. Ça nous fait un peu rire et c’est un morceau qu’on aime bien, parce que la prod est monstrueuse. On s’est bien marré à l’écrire, mais concrètement ce n’est pas le morceau dont je suis le plus fier. (Alix)

D’ailleurs sur l’album «  Edition Louis XIV », quel est le titre dont vous êtes le plus fier ?

Maux Doux à l’unanimité.

Quelles sont vos inspirations principales ?

Nous avons tous écouté des choses différentes et aussi des choses en commun. Personnellement je n’écoute plus beaucoup de rap, quand je regarde ce qui se fait, en mode concurrence, je trouve qu’il y a pleins de bons rappeurs partout, mais le rap a tendance à faire trop de rap, mais pas assez de musique. (Alix)

1995, L’Entourage, Guizmo, Saké, Nekfeu font-ils partie du renouveau du rap français ?

Je ne sais pas ce que c’est le renouveau du rap français, ce sont des gars qui marchent et c’est bien pour eux. J’envisage la musique différemment et le rap pour moi, c’est plus une prison qu’un style que je revendique. (Alix)

Donc vous ne vous considérez pas comme des rappeurs à part entière ?

Je me considère comme un non-chanteur, mais pas forcément comme un rappeur. Je ne me sens pas spécialement légitime, kicker des freestyles, moi personnellement ça me fait chier. (Alix)

Et toi Jaco tu ne te revendiques pas rappeur ?

Moi la question que je te pose, pourquoi à chaque fois qu’on parle du rap, c’est tout le temps : « comment va le rap, est-ce que c’était mieux avant, est-ce que c’est mieux maintenant, et c’est quoi machin, et c’est quoi du vrai rap, et c’est quoi du faux rap ? » moi personnellement tout ça me soule. Le fait de savoir ce que je fais, de savoir où je vais ou ce que je représente, j’en ai rien à foutre. (Jaco)

Ça peut éventuellement intéresser le public ou bien les journalistes curieux ?

Mais moi, ça ne m’intéresse pas, je suis conscient de ce que je fais, j’écris des textes et comme je ne sais pas chanter je les parle. Je viens du rap parce que c’est la première musique que j’ai écouté, c’est ce qui m’a ouvert la porte vers d’autres choses. Aujourd’hui, on fait ce qu’on a à faire et ce n’est pas une question de se mettre dans une case ou pas. Je ne sais pas vraiment ce que je fais, j’écris des textes sur des instrus et je ne me pose pas de questions. (Jaco)

Un peu comme Jaco, je suis reconnaissant envers le rap, parce que c’est un genre qui m’a permis de me retrouver chanteur et de dire des choses, moi qui ne sais pas chanter. De ce point de vue-là, tant que tu es là-dedans c’est cool, après le renouveau du rap ou machin, ce sont des questions que je ne me pose pas. (Alix)

Mais on a quand même tendance à dire que le rap était mieux avant, période post 2000…

C’est comme le pain, on dit toujours qu’il était meilleur avant, mais il était moins bon. (Lodjeez)

Le rap évolue, il bouge et c’est tant mieux. (Priska)

Tout à l’heure, nous parlions d’1995 & co, il n’y a pas que ça. Eux, c’est le côté renouveau old-school, « je rappe sur des beats un peu jazzy », bonnes prouesses techniques avec du bon leust’, mais tu as pleins d’autres courants. Tu as les mecs de Klub Des Loosers, il y en a pour tous, c’est ça qui est bien avec cette culture, comme ça vient du sampling à la base, ça se mélange. (Alix)

Préférez-vous jouer en live et interagir avec le public ou être en studio pour composer et enregistrer ?

J’avoue avant, je n’aimais pas du tout les concerts, je vomissais avant car j’avais une grosse pression, mais depuis peu je profite pas mal. On a construit un truc sur scène, par exemple Priska propose quelque chose, que tu ne peux pas ressentir sur le disque. Sur le disque, nous avons quelques bonnes critiques du genre « c’est de la bonne musique, les paroles sont sympas… ». En live, on met des baffes, c’est complètement différent. Il y a un côté pluridisciplinaire, il y a une énergie qui passe, j’aime de plus en plus le live, car il y a des morceaux que tu n’aimes pas d’ habitude, que tu vas cartonner. D’autres que tu adores et que tu ne vas pas sentir. Par exemple, il y a un morceau qui s’appelle « Techniquement », qu’on n’a jamais enregistré  et qui marche très bien en live. Une fois on a essayé de l’enregistrer, mais on a trouvé ça pourri, alors qu’en live, c’est un des morceaux qui marchent le mieux, c’est bizarre. (Alix)

Quels sont vos disques d’or ?

Le disque qui m’a marqué c’est Strange Days des Doors. (Alix)

Moi c’est plus l’album du Wu-Tang Clan, Enter the Wu-Tang (36 Chambers), gros album, grosse claque. J’ai une bonne culture hip-hop, plus hip-hop américain, c’est ce qui m’a amené vers le scratch, je suis un petit peu perdu avec la scène actuelle, j’écoute très peu de nouveaux sons, je reste sur des sons classiques.  (Lodjeez)

Kid A de Radiohead. (Mattia)

Le premier album des Clash. (Jaco)

Moi je dirais les albums de Bjork en général. Par contre je n’ai pas écouté son dernier. Sinon Portishead. (Priska)

Pouvez-vous me parler de la scène rap de Bordeaux ?

A Bordeaux, dans le rap plutôt conscient, il y a un mec qui s’appelle Fayçal, limite il écrit en alexandrin. C’est un bon gars, on le connait depuis un moment, on l’avait invité tout au début. Je crois qu’il marche bien en ce moment, avec son collectif, parce qu’ils sont plusieurs rappeurs. Il doit y avoir des mecs qui trainent Rive Droite, mais je ne sais pas ce qu’ils font. Je t’avoue que nous, on ne se mélange pas trop. (Alix)

Que pouvons-nous souhaiter à Odezenne ?

Que ça continue comme ça, c’est cool. De la scène !!. Mais le problème, c’est qu’il y a beaucoup de gens, à partir du moment où tu fais du rap, qui ne vont pas écouter, car ils pensent que le rap c’est pleins de clichés. Nous on fait de la musique et j’espère que les gens vont venir vers nous, comme n’importe quel groupe de pop ou autre. (Alix)

Remerciements: OdezenneIWelcom DM

Clément Gasc

Interview Ornette

15 mai

Chanteuse-pianiste, Ornette est une artiste au talent brut, jouant un rôle qui, sans être de tout premier plan, est réel dans le paysage musical français. Avec un style profondément ancré dans la pop, elle trace son sillon, s’amusant avec les codes d’un songwriting léché et innocent, qui n’est pas sans rappeler les univers de Nadeah, Liz Green ou encore Lily Allen.

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Est-ce que « Yes I Do » est une petite phrase qui te caractérise bien ?

Oui, c’est assez vrai. Sinon ma devise, c’est aussi “il y a toujours un truc à faire“.

Ton passage sous le pseudonyme Ornette, est-il une métamorphose pop? 

Oui ça doit être ça. Je n’y ai pas trop réfléchi encore…

Si on t’avait dit un jour, que tu sortirais un album en tant que chanteuse, est-ce que tu y aurais cru ?

Non pas vraiment, j’ai toujours chanté mais je ne pensais pas que ça aurait pu devenir un “vrai” truc. J’ai une approche de la voix très instinctive et c’est quelque chose que je n’ai jamais voulu travailler. Il y a un grand paradoxe entre les heures de travail au piano et l’absence totale d’investissement sur ma voix. C’est quelque chose auquel je ne veux absolument pas toucher, qui est tel quel, à prendre ou à laisser. Je n’ai jamais rien projeté sur ma voix, à fortiori un disque.

Ornette est-il un petit clin d’œil à Ornette Coleman, saxophoniste, trompettiste, violoniste et compositeur américain ?

Oui j’aime beaucoup ce qu’il a fait et je voulais quelque chose qui fasse le lien avec les différentes facettes de mon parcours musical. J’ai fait beaucoup de musique improvisée, de free jazz, j’aimais l’idée d’un fil entre les univers musicaux, parce que toutes les musiques s’inspirent des autres pour créer.

Tu as travaillé aux côtés de Micky Green, Arthur H et Peter Von Poehl. Est-ce que ça été une sorte d’apprentissage pratique ?

C’était vraiment génial, je suis très contente d’avoir travaillé avec eux, malgré tout j’ai réalisé qu’il était temps que je m’occupe de ma musique et que j’arrose les fleurs de mon jardin musical.

1ère partie de Yael Naïm à La Cigale, Yodelice en tournée et à l’Olympia et Camelia Jordana aussi. Qui rêverais-tu d’accompagner ?

En ce moment, je ne rêve d’accompagner personne, je suis très heureuse à chanter mes chansons partout dans le monde.

Également actrice pour Jacques Rivette dans « Histoire de Marie et Julien ». Comment s’est faite cette rencontre ?

Super!! Complètement fou. J’ai rencontré Jacques Rivette pour « Va Savoir » son film précédent. Il cherchait des acteurs italiens pour interpréter une pièce de Pirandello. J’avais passé une journée de cours au conservatoire, il faisait très chaud, et je suis arrivée en tongues, chemise indienne rincée par la sueur, je ne voyais pas comment quelqu’un aurait pu me choisir pour un film… Et puis en fait, on a parlé vingt minutes et ensuite il m’a appelé pour me demander si j’accepterais de tourner avec lui.

De Pascal Bonitzer, Laurence Attali, John Lvolf, Benoit Forgeard à Blanche Castel ? Quelles rencontres ont été déterminantes pour toi ?

Chaque rencontre est déterminante, j’ai gardé des liens avec beaucoup d’entre eux, mais la rencontre la plus déterminante a été celle avec Benoit Forgeard, dont je suis fascinée par le travail et l’approche artistique. Il vient de sortir un long métrage “Réussir Sa Vie” qui est vraiment très bien, je joue dedans et j’ai fait la musique de la BO.

Comment parviens-tu à mener une double carrière cinématographique et musicale depuis plusieurs années ?

Le cinéma se nourrit de la musique et la musique du cinéma. Avec deux moteurs, on évite les pannes…

La plupart de tes textes sont en anglais, du coup n’y a-t-il plus vraiment de spécificité française ?

Je ne sais pas ce que c’est une spécificité française…je pense que chacun chante dans la langue qui le fait le plus vibrer, non?

Tu as fait tes premières gammes au piano dès l’âge de 3 ans, t’a-t-on forcé la main ?

Non pas du tout, il y avait un piano dans le salon, mes parents jouaient de la guitare, j’avais envie de jouer sur ce grand truc et c’était facile, ça sonne tout de suite.

Quels sont tes projets pour les semaines et les mois à venir ?

Faire des concerts, écrire des chansons pour le prochain disque, là je termine un film de 75 minutes pour le projeter sur mon concert au ciné 13. Donc c’est une grande première pour moi, même si ce ne sont que des images qui vont défiler pendant mes chansons, je n’ai jamais monté de film aussi long.

Remerciements: Ornette

Crédit Photo: Vittorio Bergamaschi

Clément Gasc

Interview Christine

15 mai

Christine peut désigner un film de  John Carpenter, l’adaptation de l’oeuvre homonyme de Stephen King, le titre d’une chanson de Siouxsie and the Banshees, mais c’est aussi la valeur montante de la scène électro française, duo normand qui distille un son parfaitement taillé pour les dancefloors. Se nourrissant de tout ce que la musique électronique compte comme sous-genres, Christine se caractérise par un son d’électro-punk, acide et parfois dark, avec les gimmicks synthétiques et les sonorités saturées à la Bloody Beetroots, The Toxic Avenger, Les Petits Pilous ou bien Teenage Bad Girl.

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Vous présentez-vous comme la nouvelle relève de la scène électronique française ?

Non, on n’a aucune prétention à ce niveau-là. On est plutôt dans la continuité, mais on essaie de tracer notre chemin, avec notre univers et nos références.

Quelle est votre actualité ? 

Beaucoup de belles dates cet été (Eurockéennes, Les Vieilles Charrues, Solidays, Montreux, Paléo Festival à Nyon, Garorock, Sakifo à La Réunion, Francofolies, le festival Meg à Montreal….)

La sortie très bientôt d’un remix pour Sarah W Papsun dont on est plutôt content.

L’esthétisme, les notions d’image et de design sont-elles importantes pour vous ?

L’esthétique est très importante pour nous, on aime tout ce qui est vintage. Et la culture 60′s 70′s nous inspire énormément. On essai en quelques sorte de faire de l’électro à la Tarantino.

Avez-vous envie d’être populaire à l’étranger ?

Oui forcément, on est avide de découverte et de rencontre. D’autant que beaucoup de pays ont un public et une ambiance extraordinaire.

Un peu à la manière de Justice, on retrouve dans vos morceaux, ce côté musique chrétienne/club. Etes-vous d’accord avec cela ?

On ne sait pas trop ce qu’est la musique chrétienne club, mais si tu parles d’une certaine noirceur, de profondeur un peu mystérieuse,  oui, on essaie de dégager de l’émotion dans nos morceaux. On aime bien les belles mélodies et les instruments classiques, comme l’orgue, le violon, le piano. Le tout format club, parce que le but est de faire danser.

Aimeriez-vous jouer dans une salle, qui n’a pas été pensée pour accueillir une musique comme la vôtre ?

Certains lieux atypiques peuvent être cool, une plage, une cave, une grotte, un camping… Mais globalement, on aime bien jouer dans de bonnes conditions (bonne acoustique, matos fiable…) pour présenter notre musique de la meilleure façon possible, afin que le public l’apprécie le plus possible.

L’électro que vous pratiquez, est-elle une forme d’hommage au rock ou au métal ?

Oui, mais pas seulement. Le rock peut paraître prédominant, mais le funk, le hip-hop et la pop sont également très présents dans notre musique, notamment dans les structures et  le groove.

Quels types de samples utilisez-vous ?

On utilise peu de samples, mais on est de gros amateurs de vinyle, donc on essaie de trouver des trucs rares et old-school.

Comment appréhendez-vous le fait de jouer au côté d’artistes comme les Bloody Beetroots, Digitalism, Toxic Avenger ou Kavinsky ?

Pour nous, c’est super de pouvoir rencontrer les mecs que l’on a kiffé, on est parfois un petit peu intimidé comme avec les mecs de Justice et parfois de belles rencontres se font.

L’électro est-elle la nouvelle pop ?

C’est vrai qu’aujourd’hui tout se mélange, et la technologie et les techniques de production ont tellement évolué que tous les styles musicaux en bénéficient. Dont la pop, évidemment.

La house, vedette des pistes de danse pendant 10 ans, n’a-t-elle pas lassée les producteurs et DJ ?

On n’aime pas trop la dance, la techno, la house filtrée, la musique qui remplissait les clubs pendant les 90′s, 00′s. Ce n’est qu’à partir de  2005/2006, avec la nouvelle vague électro, que la musique “club” nous a intéressé, on s’est rendu compte qu’on pouvait mettre nos influences rock, hip-hop, funk… sur des rythmes plus dansants… Après tout le monde cherche le nouveau truc du moment, mais on oublie souvent de faire de la bonne musique, peu importe le style… On a répondu à ta question??!!

L’artiste le plus surévalué de tous les temps ?

On va faire dans le cliché: GUETTA

C’est pas qu’on trouve ça nul, mais le soi-disant « plus gros producteur de la planète » ne produit rien en fait, par contre les Guetta sont des oufs de la com.

Quelle approche avez-vous du live par rapport à la conception de vos morceaux ?

On est dj à la base, donc on a conçu notre live de manière à ce que tout s’enchaine de façon cohérente et musicale. Pour le live, les morceaux sont édités pour aller vers l’efficacité. On a ensuite voulu créer une ambiance cinématographique, par l’atmosphère qui se dégage et la conception des vidéos.

Ciblez-vous un public large, si oui pourquoi?

Oui on cible un public large. On pense que notre musique peut plaire autant aux kids qui veulent que ça tape, qu’aux plus vieux, amateur des mêmes références que nous, ou nostalgique de ce qu’ils ont aimé, au rockeur, au fan de hip-hop, qui vont y retrouver leurs influences. Après ce n’est pas vraiment prémédité.

Remerciements: Christine

Crédit Photo: Ben Lorph

Clément Gasc

Interview Bumpkin Island

14 mai

Bumpkin Island est une formation musicale bretonne à géométrie variable, qui livre des plages folktronica scintillantes, gentiment désabusées et sobrement ornées. Le groupe est composé de musiciens et artistes venant de divers horizons, dans un genre à saveur lo-fi et aux textes imagés, qui mêle adroitement  folk, pop et électro. Ensemble, ils percutent la tradition avec une musique résolument actuelle, tantôt par un vent de légèreté et un souffle joyeux, tantôt par des rythmes et des atmosphères plus contradictoires.

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Bumpkin Island – Perfect Life

Pourquoi Ile de rustre ?

En fait, c’est plutôt « île des ploucs ». C’est plus pour sa sonorité que nous avons choisi ce nom. Après, c’est vrai que ça nous correspond plutôt bien. Nous sommes pour la plupart issus du milieu rural.

Votre musique se veut-elle toujours douce, coulante ou éthérée ?

Non, il y a parfois des moments plus rugueux, surtout en live. Mais la trame de base est souvent douce.

Bumpkin Island : sorte de chorale indie-folk raffinée ?

Non, nous n’aimons pas trop ce terme de « chorale ». Les instrumentations prédominent souvent par rapport aux voix. Mais nous apportons un soin particulier sur les chœurs.

Pour vous, cette nouvelle pop n’est-elle qu’un retour à l’ancienne ?

On ne fera toujours que recopier ce qui existe déjà, mais en apportant notre sensibilité. Parfois, des nouvelles choses se créent, souvent par accident…

Est-ce un manifeste de pop-folk bricolée, capable de susciter l’euphorie ou la mélancolie en moins de quatre minutes ?

Parfois, oui. Souvent, non. On aime beaucoup les morceaux qui mettent du temps à s’installer, qui peuvent durer 7/8 minutes. Surtout en live.

Après, le travail de studio est différent et il faut condenser un peu plus les idées.

Etes-vous à la recherche de l’immédiateté pop et de l’accord parfait ?

Ça dépend de l’humeur. Sur certains morceaux, oui, sur d’autres on va plutôt aller à l’encontre de cette idée d’accord parfait.

Souhaitez-vous rester dans un style particulier, ou avez-vous envie, au contraire, d’évoluer et d’explorer des palettes sonores différentes ?

Non, nous souhaitons explorer pleins de palettes. Déjà, nous somme huit et nous avons donc pleins d’influences différentes qui se mélangent. Et puis, nous découvrons tous les jours de nouvelles choses qui nous donnent envie de chercher d’autres couleurs à notre musique.

Est-ce que la pop music est pour vous un terrain de jeu, ouvert à toutes sortes d’expérimentations ?

Oui, on a une base, et après, c’est seulement notre imagination qui nous limite.

À la pop music, on peut intégrer de la musique classique, de l’électro, du rock, pourquoi pas du jazz. Tout est ouvert. C’est peut être ça la force de la pop.

Que doit faire Bumpkin Island pour entrer définitivement dans la cour des grands ? 

Attendre !!!

Vous sentez-vous proches d’artistes tels que The Bewitched Hands, Cocoon, Concrete Knives ou bien We Were Evergreen ?

Pour l’instant on ne se sent pas forcement proche de ces groupes. Mais ils ont l’air très sympa. Donc, on serait très heureux de les rencontrer…

Mettez-vous l’accent sur la chanson individuelle (ou EP) davantage que sur l’album ?

Pour l’instant, on a sorti deux EP pour faire découvrir le groupe. C’était plus une opération « marketing ». Mais nous sommes vraiment attachés à l’idée d’album. Dans un album, il y a une trame, une histoire, qui a été écrite par le groupe ou l’artiste (si c’est bien fait!).

C’est un peu comme un livre. En général, on commence à le lire par le début. Et bien, pour un album, c’est pareil, c’est bien de commencer par la première plage et de laisser l’artiste nous raconter son histoire jusqu’à la dernière piste…

Selon le sociologue de musique anglaise, Simon Frith, la musique pop est souvent produite à des fins commerciales, non à des fins artistiques, la musique pop étant créée pour être abordable par tout le monde. Êtes-vous d’accord avec cette conception et justement avez-vous envie de plaire à tout le monde ?

Faudrait que je lise cette étude, parce que dit comme ça, ça paraît un peu réducteur comme point de vue.

En tout cas, nous n’essayons pas de plaire à tout le monde. Par contre, ce qui nous séduit, c’est que notre musique puisse plaire à des enfants comme à des personnes âgées, à des rockeurs comme à des amateurs de musique classique ou aussi à des classes sociales différentes. Pour nous c’est très important.

Après, il y aura toujours des gens qui n’aimeront pas ce qu’on fait, et c’est tant mieux, ça permet de débattre. Et une musique qui plairait à tout le monde, au fond, ce serait un peu chiant, non?

Remerciements: Bumpkin Island

Crédit Photo: Lise Gaudaire

Clément Gasc

Interview Manceau

14 mai

Le groupe rennais Manceau a déjà sa place parmi les grands espoirs français, leur musique, truffée de chaudes références, dévoile un univers hors du temps, classe et hétéroclite. Avec leur album”Life Traffic Jam“, le quatuor breton parcourt toute la gamme d’une pop fraîche et colorée, remplie de riff de guitares et de pianos simples et efficaces. Des ambiances sonores soigneusement bâties aux chants délicats de son chanteur Julien, qui se distingue du lot par la qualité étonnante de son interprétation, nous sommes entraînés pour notre plus grand bonheur dans un tourbillon fougueux, avec un son chaleureux fait maison, d’un dynamisme inégalable. Rencontre avec Julien, François, Samuel et Vincent, qui s’inscrivent tout naturellement dans le sillon de groupes tels que The Last Morning Soundtrack, Elephanz, Phoenix, Tahiti 80 ou 1973.

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Le Japon est donc tombé sous votre charme ?

Je pense que c’est un petit peu tôt pour dire que le Japon est tombé sous notre charme, puisque pour le moment, le disque n’est pas encore sorti là-bas. Il y a un label qui s’appelle JVC Victor, qui a aimé le disque et qui a décidé de le sortir au Japon. C’est une super opportunité pour nous. Le seul retour que l’on a pour l’instant, ce sont les médias japonais, qui commencent à s’intéresser à Manceau. On répond à quelques interviews, on a sorti 1500 disques qu’on a fait pressés en France et que les japonais ont récupérés, pour les sortir en import. On a quelques retours venant des Tokyoïtes, qui ont pu se procurer le disque. Ça se résume à ça. (Julien)

Le visuel et le frenchkiss de l’album plaisent. Ça fait pas mal d’activité, notamment sur Twitter, Samuel a récupéré pleins de tweets de japonais, qui ont l’album, du genre « j’ai acheté l’album, c’est super ». (François)

Japanophile pour le coup ou pas spécialement ?

Pour ma part non pas spécialement. J’aime la culture japonaise, comme tous les gamins de ma génération, qui ont regardé Goldorak ou d’autres mangas. C’est une culture qui m’a toujours intéressé, comme pleins d’autres choses et du coup je ne suis pas un public averti. (Julien)

On s’est intéressé dans le sens culturel des choses, aux groupes qui ont marché là-bas. Mais sinon, nous ne sommes pas très bons au niveau de la culture japonaise. (François)

Vous avez travaillé avec Xavier Boyer chanteur/leader du groupe Tahiti 80, justement y-a-t-il leur patte artistique qui se ressent sur vos productions ?

Dans la mesure où nous avons choisis de travailler avec Xavier et Pédro, forcément c’est parce que nous aimions leurs disques, on les écoute depuis très longtemps. On cherchait comme eux, à esthétiser nos morceaux, de manière à aller droit au but et dans la mélodie. On voulait avoir un regard critique sur nos titres. Le son ? Nous l’avons façonné, et bien qu’on aime beaucoup les productions de Tahiti 80, on avait une idée assez précise du son qu’on voulait sur le disque. Il y a eu un équilibre entre leur vision et la nôtre. (Julien)

Etre Produit par Tahiti 80 ne signifie pas nécessairement que ça va sonner pareil. On a passé beaucoup de temps à déconstruire les morceaux d’un point de vue mélodique et ce n’est pas pour avoir un résultat semblable. Il y avait une recherche dite collégiale, on ressent leur patte peut-être sur un ou deux morceaux, mais pas dans sa globalité. (François)

Rythmiques très compressées pour un style léger et toujours sophistiqué ?

Tu as raison, c’est ça. Les mélodies sont assez immédiates, il y a une rythmique et on adore l’ornement. Avant même de travailler avec Tahiti 80, surtout quand tu écoutes notre premier EP, il y avait déjà beaucoup d’ornements, c’est un travail qui nous a toujours plu. On aime cette immédiateté dans la composition et dans la chanson, pour faire en sorte qu’elle accroche directement. (Julien)

Ressentez-vous l’immédiateté pop et ce côté un peu ciselé, chanson en 4 min, couplet-refrain ?

Oui, et trouver un hook, qui va clairement accrocher l’auditeur. Et pourquoi ne pas danser ? C’est aussi ça l’idée ! Ce ne sont pas que des mélodies, cette rythmique compressée, c’est aussi pour faire bouger. (François)

On s’est rendu compte, après avoir enregistré notre premier EP que nous avions fait nous-même, qu’on faisait bouger les gens et qu’ils étaient réceptifs, lors des débuts du groupe et des premiers concerts. Le fait d’avoir fait de la scène, nous a conditionné à essayer de rendre un peu plus groovy les titres. (Julien)

Pourquoi les groupes actuels cherchent moins facilement la complexification des 70’s et se réfugient derrière des structures plus traditionnelles ?

Ce n’est pas une stratégie. (François)

On n’a aucun complexe à dire que nous faisons des mélodies pop, dans la production nous ne sommes pas dans un truc fm. Je reviens au premier EP, c’étaient des mélodies très simples, très ciselées, je ne vais pas dire formaté, mais on aime le couplet-refrain, on aime finalement l’idée d’avoir un cadre et de pouvoir s’éclater à l’intérieur. C’est quelque chose qui nous plait. Lorsque nous composons un titre, on aime que ça sonne de manière très simple avec guitare et voix, on aime cette simplicité, cette immédiateté, au-niveau de la mélodie. Ce n’est pas pour faire du tube, c’est simplement quelque chose qu’on a envie de faire et que l’on fait depuis le début. (Julien)

Comment le prenez-vous quand on vous dit que vous êtes “les bébés de Phoenix” ?

Très honnêtement, ça a tendance à nous agacer un tout petit peu. On respecte Phoenix énormément, c’est un groupe que nous avons écouté, et n’importe quel musicien aguerri te dira que c’est un groupe de pop super classe, avec de supers références et qui fait de très bons disques. Après c’est une étiquette dont on veut s’affranchir. Notre premier single « Full Time Job » sonnait clairement dans la veine de Phoenix, après quand on écoute le disque, il n’y a pas que ce côté pop sucré. Il y a des titres plus mélancoliques que d’autres et plus sombres dans l’écriture. Il y a des textes un peu plus noirs sur des mélodies plus enjouées. (Julien)

Il y a quand même du Thomas Mars, au-niveau de la voix ?

Ah bon dans la voix, tu trouves ? Bon ok… On a peut-être la tête dans le guidon et du coup on n’a pas le recul… (Julien)

Phoenix se range du côté du soft rock, alors que nous, on se revendique vraiment de la pop. En live, on a tendance à mettre plus d’énergie. (François)

Souvent, les groupes français, qui chantent en anglais, ont tendance à se limiter à des sujets un peu futiles, abordés superficiellement. Justement avez-vous des messages à véhiculer ?

Dans les textes, on parle de pleins de choses. On ne chante pas en anglais, pour cacher le fait qu’on n’a rien à dire. (François)

C’était aussi ça l’intérêt de travailler avec Xavier de Tahiti 80. On aime beaucoup leur manière d’aborder certains sujets dans les chansons, avec des mots très simples et en même temps, quelque chose de très profond. Par exemple, le titre « Full Time Job » est un single que l’on voulait catchy et un peu groovy, et qui traite de manière assez légère de la condition de musicien et du fait d’assumer ce rôle-là à plein temps. Il y a des morceaux un peu plus grave comme « GrandMa » et d’autres plus universels comme «Little By Little». On traite de pas mal de sujets, j’écris des textes, Vincent aussi. Il y a certains titres que l’on a écrits ensemble aussi. Il y a des histoires personnelles et des choses qui font référence à notre culture cinématographique. On est vraiment fier de nos textes et on les assume à fond. (Julien)

Façonnez-vous ce style reconnaissable dès la première écoute ?

C’est sûr, je pense que chaque groupe a envie d’avoir sa singularité dans le son, ça passe par la voix du chanteur, les guitares, la batterie, la compo, la prod. On avait envie d’avoir un son assez identifiable. (Julien)

Cela m’arrive de dire : «hey les gars, cela ne fait pas assez Manceau !!! » …(François)

Privilégiez-vous plutôt l’aspect mélodique ou bien les paroles et les textes ?

Tout est super important. La compo partira toujours d’une mélodie, sur des accords piano-guitare. Clairement, lorsque l’on écrit un texte, c’est à partir d’une mélodie. Par exemple, sur Full Time Job, le texte était là, en fait c’est Vincent qui l’a écrit et ensuite j’ai mis la mélodie dessus. On passe énormément de temps à bosser nos textes, ça nous plait de trouver le mot juste et de mettre la rime qu’il faut, pour faire décoller le refrain. Un refrain c’est aussi un chant et un texte sur la mélodie. (Julien)

Comment les groupes d’aujourd’hui, à fortiori s’ils chantent en anglais, peuvent-ils parvenir à fédérer un public autre que restreint ?

Ça a tendance à changer depuis pas mal de temps. Ça évolue très vite, depuis 4-5 ans, il y a des groupes français, chantant en anglais, qui ont percés. (Julien)

Les groupes qui chantent en anglais en France mettent plus de temps. Je ne pense pas que ce soit une question de marché forcément. Pour reprendre l’exemple de Phoenix, ils ont mieux marché à l’étranger, étant fustigés au départ chez nous et finalement les français se sont rendus compte que c’était de la bonne musique. On va au-delà de la langue. (François)

Vous marchez un peu sur les plates-bandes de Phoenix, le fait de partir au Japon…

Très clairement, on a envie de jouer notre disque à fond en France, on veut faire un max de promo, que les gens écoutent notre disque, on veut défendre notre album en France. Le choix de la langue n’a pas été fait stratégiquement pour s’exporter plus facilement, comme le font certains groupes…quoique ça m’étonnerait. Depuis toujours, on écoute de la musique anglo-saxonne et on voulait réellement reproduire et véhiculer ce qu’on a écouté, étant gamin. (Julien)

Quels sont les artistes qui vous ont inspiré ?

Nous sommes obligés de citer les Beatles, c’est une influence commune. Les Beatles : c’est la science des mélodies. (François)

Et il y a la production derrière !! C’était un grand groupe de studio, à partir de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, l’histoire des Beatles est super intéressante. Je vais te citer un artiste français que je place au panthéon : Serge Gainsbourg. (Julien)

Prince, Michael Jackson, Beck, Marvin Gaye et tous les grands artistes Soul. (Vincent)

Vous revendiquez-vous de l’indie pop ?

On se revendique indé, car on a une démarche indépendante, mais on fait clairement de la pop. On est indé par la force des choses, on a monté notre structure, on sort notre disque nous-mêmes. On peut être indé et faire de la pop, je considère que nous sommes un groupe indépendant, mais à priori nous faisons quelque chose d’assez ouvert. (Julien)

Etre indé, c’est essayer de garder une emprise sur son travail. (François)

Recherchez-vous le côté populaire et grand public ?

On a des mélodies assez ouvertes, on a envie de faire danser les gens et d’un truc pop qui parle à tout le monde. On veut véhiculer des images fédératrices. (Julien)

L’indé peut vite devenir mainstream, est-ce que c’est une chose à laquelle vous songez ?

On ne veut pas mélanger le côté people et le côté musique, il faut bien séparer les deux. Cela peut très bien marcher pour nous, mais ça ne nous empêchera pas de continuer de faire des choses qui nous plaisent. (François)

C’est très dur de répondre à cette question. On a la tête dans le disque, on est train de le défendre, on s’est structuré pour le sortir dans les meilleures conditions. On a vraiment l’impression, pour le moment de faire de l’artisanat. On a fait presser nos mille disques, qu’on a envoyés à la promo, un peu partout…. (Julien)

Je comprends très bien ce que tu veux dire : on est indé, et si jamais un jour ça doit devenir mainstream, on fera ce qu’il faut pour que ça ne le soit pas. Si ça marche, pourquoi se priver d’un succès ? C’est aussi ça la zik. Par contre, pas de concessions sur la musique. C’est juste ça l’objectif j’ai envie de dire. (François)

Demain si vous avez la possibilité d’être signé ou distribué par un gros label, souhaiteriez-vous garder cette indépendance ?

Oui et c’est pour ça que nous avons créés notre label. Après être signé, mais dans quelles conditions ? Tout dépend si le contrat est cool, maintenant à la signature, tu as des contrats d’artiste ou de licence. Si c’est une licence qui te laisse une liberté totale sur ce que tu fais et que tu as un réel soutien au-niveau de la promo, alors pourquoi pas. Si on peut faire connaître notre musique à un maximum de gens, on ne se privera pas. On ne fait pas de la musique juste pour nous, on veut l’a véhiculé le plus largement possible. (Julien)

Quel est le morceau dont vous êtes le plus fier ?

Moi très franchement Lady Killer, c’est un aboutissement de tout ce que nous pouvons faire, au-sens pop le plus direct du terme. C’est un véritable morceau pop à tiroirs, je trouve qu’il parle énormément, il dit vachement de choses. C’est un des plus vieux morceaux de l’album, on l’a réenregistré avec les Tahiti, et il a pris une tournure un peu plus électro. C’est le morceau le plus intéressant pour moi. (François)

Globalement combien de temps mettez-vous pour travailler un son ?

Ça dépend. Il y a des morceaux qui se font en une répète et d’autres qui vont prendre plus de temps. (François)

Parfois, nous avons besoin d’approfondir et de retravailler des mélodies ou certaines choses. Des fois, on essaye juste de ciseler le texte avec la mélodie. (Julien)

La mode a-t-elle impacté sur votre manière de travailler ?

Je pense que nous sommes un petit peu en retard. Il y a de plus en plus de groupes qui rechantent en français, ça revient. Nous, ça fait une dizaine d’années que nous faisons de la musique ensemble, avec François et Samuel, nous avions un autre projet avant, avec qui on chantait en anglais, Vincent avait d’autres projets aussi. Il y a 5/6 ans, l’anglais est devenu un peu à la mode en France, avec Hey Hey My My et toute cette scène folk/pop.

On ne s’est pas vraiment posé la question et si un jour quelque chose nous vient en français, si c’est naturel, cela se fera directement. (François)

Voulez-vous ajouter un dernier mot ?

Merci à toi pour cette interview, c’était cool. Moi j’aimerais jouer en Angleterre, les Eurockéennes ça me brancherait bien, le Summer Sonic Festival au Japon. On aimerait bien jouer un maximum.  (Julien)

Remerciements: Ephélide Agence, Manceau

Crédit Photo: Betty Nguyen

Clément Gasc

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