Loane est une auteure, compositrice, interprète française, qui s’est fait connaître du grand public en 2008 lors du Printemps de Bourges. Avec un univers empli de douceur et de générosité, elle nous fait voyager entre électro pop et chanson française, acoustique et synthétique. Passionnée par la musique depuis toute petite, Loane est attirée par les réalisations concrètes, solides et tangibles, comme l’attestent ses rencontres avec le réalisateur Fabrice Dumont (Télépopmusik), David Sztanke aka Tahiti Boy, Christophe ou bien Lenny Kravitz.
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D’où te vient ce goût prononcé pour la musique ? As-tu été élevé par des parents mélomanes ?
En fait, j’avais un philicorda, c’est un petit orgue, qui était chez moi, chez mes parents, quand j’étais petite. Mon père m’a appris à en faire, et quand je me replonge dans le passé, je me rends compte que j’avais l’oreille musicale, parce que je chantais et développais deux, trois accords, essayant d’en trouver d’autres. J’ai vraiment été attiré par ça. J’ai eu la chance que cet orgue soit là, car je n’ai pas le souvenir que mes parents l’ont vraiment utilisé. Il était chez moi, donc c’est une chance d’avoir un tel instrument comme ça et de tout de suite voir que ça me plaisait.
Y-a-t-il eu un suivi tout au long de ton enfance et de ton adolescence ?
J’ai toujours eu ce philicorda. Après j’ai voulu prendre des cours, ma mère me raconte que je n’ai pas été accepté car je ne savais pas lire les notes. J’ai fait pleins de cours différents, à chaque fois j’arrêtais, c’était compliqué, disons que j’ai l’oreille pour comprendre les accords et les notes dans ma tête, c’est une lecture personnelle, mais sur le solfège je bloque. A 12 ans, j’ai eu un piano, il semble que j’avais vraiment envie de faire du piano, donc on m’en a offert un. Après, j’en ai fait tout le temps, tous les jours.
Pas de formation musicale ?
Si, j’ai fait le conservatoire, pendant des années j’ai pris des cours particuliers et j’ai essayé pleins de cours. Pourtant à l’école, j’étais bonne élève, donc ce n’est pas le travail, ni le côté studieux qui me dérangent, en cours jusqu’en 3ème j’avais les félicitations. Après, j’ai commencé à fumer des clopes et à boire des bières (rires), donc je n’ai plus trop bossé. Mais j’étais assidue à l’école, c’était plus avec la lecture du solfège que je bloquais.
On voit que tu mets l’accent sur une forme de chanter-parler dans tes chansons, est-ce une variante du spoken word ?
J’adore les chansons où les paroles sont interprétées sans forcément être chanter, je trouve ça vraiment puissant, je pense à Françoise Hardy notamment, elle en a fait pas mal. Je n’aime pas trop les cases, j’aime bien en sortir.
Mets-tu un point d’orgue sur l’aspect mélodique ou plus sur les paroles ?
Disons que lorsque je compose, la mélodie vient tout de suite. La mélodie c’est vraiment essentiel. Je suis plus musicalité que texte. Globalement quand j’écoute des chansons de groupes anglophones, allemands ou danois, il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas et en anglais pareil, on ne comprend pas tout non plus, à cause de l’articulation ou du style d’accent. C’est la musique qui parle, il n’y a pas forcément besoin de mots pour générer une émotion. Parler on le fait tous toute la journée, alors que la musique c’est autre chose.
Du coup recherches-tu cette immédiateté avec le public, en développant ce côté très direct et spontané ?
J’aime bien les choses directes. Quand je travaille sur les chansons, cela me prend beaucoup de temps, au-niveau des arrangements. J’ai pris beaucoup de temps à arranger le disque, avant de rentrer en studio. C’était vraiment important d’avoir les bons sons et de développer l’univers que je voulais sur cet album. Je n’ai pas tellement peur du changement et en même temps de faire de nouvelles expériences.
Il y a beaucoup de contrastes dans ta musique…
Il y a des contrastes tout à fait, des ambivalences aussi. J’aime chanter en français, là je viens de terminer des concerts piano-voix, c’est très pur, on y retrouve toute la beauté des concerts que j’aime : Michel Berger, Véronique Sanson, Barbara. Il y a Benjamin Biolay qui fait ça, des chansons piano-voix, au sens noble avec le piano et un côté hyper classique avec les mots. J’aime bien quand une chanson, peut être totalement différente dans un autre univers, avec des synthés ou d’autres rythmes. Je suis convaincue que c’est complètement possible de faire une chanson dans plusieurs genres. On est auteur-compositeur et les styles évoluent et changent, ce sont des robes en fait, ce sont comme nos fringues. On peut changer de robes comme de styles, hier c’était les pattes d’eph, aujourd’hui c’est le cuir et demain ce sera les pulls en laine!! Les compos c’est le squelette et c’est amusant de se dire qu’il n’y a pas qu’un style ou qu’une seule manière de faire.
Au sujet de tes chansons, peut-on parler du journal intime d’une jeune femme gourmande d’expériences, qui traite de son vécu personnel ?
Oui c’est tiré de mes expériences, mais je ne voulais pas en faire un réceptacle à mes joies ou à mes peines. Je suis plutôt inspirée dans des moments de nostalgie, de chagrin ou lorsqu’il y a des émotions fortes. Je me sers d’une vraie émotion, après je change de scénario et ça en devient du travail.
Est-ce qu’il s’agit d’une jeune fille désespérément désespérée par les garçons ?
Non, disons que c’est plus un tableau d’un moment de vie, c’est comme un polaroid d’une fille qui pourrait être moi en effet, mais qui essaye de gommer des petites choses plus personnelles. Le but, c’est d’ouvrir et de partager mes expériences aux filles et aux garçons, qu’ils se retrouvent un petit peu là-dedans, dans le particulier qui peut devenir un peu général. Raconter ses petits trucs à soi, c’est le moteur au départ, et après il y a cette envie de partager. Dans mes chansons, il est souvent question d’amours contrariés, de ruptures, mais cela me plait de développer la rupture, c’est une vicissitude de la vie.
C’est un coup d’œil introspectif ?
On pourrait dire que c’est un carnet intime, il y a des retours en arrière, il y a des souvenirs. Il y a une chanson par exemple qui s’appelle « Les châteaux hollandais » et qui fait référence à un endroit que j’ai connue étant petite. J’aime bien retourner dans le passé, et aussi cette manière d’être sincère et de puiser à l’intérieur de soi pour s’écouter. Toutes nos expériences, nos douleurs, nos petites fêlures constituent une espèce de bagage, avec lequel on prend appui pour aller puiser des émotions fortes. Lorsque je suis joyeuse, j’ai plutôt envie de sortir et de faire autre chose. Après, j’aime beaucoup les chansons un peu débiles et légères, second degré, du genre pop naïve. Dans les années 80 il y’en avait beaucoup. Les chansons dites naïves, traitent de choses profondes et ce mélange-là rentre dans le principe de mon album. Il y a pleins de couleurs et de rythmes différents.
Comment s’est passée ta rencontre avec Christophe ?
Christophe fait partie de mes chanteurs français de référence, en plus lui il a beaucoup de style, il a traversé les époques, sans changer, toujours à la recherche de nouveaux sons. J’ai demandé à le rencontrer, quand je faisais mon album et après on a continué à faire des choses ensemble et à collaborer sur des concerts. J’ai enregistré la chanson Boby en septembre et j’allais le sortir en single. J’ai proposé à Christophe de chanter le refrain et on s’est dit qu’on allait la sortir ensemble, on a fait la promo tous les deux, puis on a fait un clip.
Et avec Lenny Kravitz ?
Lenny je l’ai rencontré il y a 3 ou 4 ans, lorsque j’étais chez EMI, à la sortie d’un concert. J’étais en loge et on s’est parlé, on a gardé le contact et nous sommes devenus proches. On se voyait de temps en temps, on écoutait de la musique. Lorsque j’ai enregistré mon second disque, il était à Paris et il est passé me voir. Il connaissait toutes mes chansons et il m’a pas mal soutenu et encouragé. Au moment où j’allais poser mes voix, je lui ai demandé de me corriger les textes et la chanson il la connaissait très bien, puisque il l’avait écouté plusieurs fois. Je lui ai demandé de chanter avec moi sur « Save us », et le lendemain, il est venu poser sa voix, ce fût une vraie aventure musicale.
Fais-tu le lien dans tes chansons entre pop synthétique et chanson française ?
Oui il y a un voyage entre chanson française et une pop aux échappées nouvelles. Mon premier album était plus classique et acoustique. Je l’avais fait réaliser par Frédéric Fortuné et par Fabrice Dumont, c’étaient des copains, Fabrice étant un des membres du groupe Télépopmusik. Bien que nous n’avons pas fait d’électronique sur le premier disque, j’étais rassurée d’avoir quelqu’un qui était caution d’un bon goût en chanson française. Et sur le second, c’est Tahiti Boy alias David Sztanke et Yann Arnaud, ingé son et réalisateur, qui m’ont aidé. Ils se promènent et se baladent. Ce sont des petits chercheurs, qui expérimentent et qui ne craignent pas d’essayer des choses.
Boby est-il ton titre de référence, celui dont tu es le plus fier ?
Oui et il y a aussi l’histoire musicale avec Lenny et le fait qu’il a posé sa voix, c’est un symbole. Il voulait m’encourager et s’impliquer. C’était vraiment un beau cadeau. Christophe c’était magnifique, c’est un géant qui m’encourage, on partage pas mal de moments musicaux. Je me rends compte que ce sont de grands artistes, de grands songwriters avec un univers exceptionnel.
As-tu pensé à ta future collaboration ?
Oui il y a des gens que j’aime beaucoup mais je ne le dirais pas. En fait, je n’arrive pas à parler de choses qui ne sont pas faites. Pour l’instant, je suis en train d’écrire. En chanson française, parmi les gens que j’aime, il y a Daho, j’aime bien son titre avec Lou Doillon, il y a Françoise Hardy que j’aime beaucoup. J’ai découvert récemment un artiste qui s’appelle AV et je l’ai trouvé vraiment fort. C’est bien fait.
Tu parlais tout à l’heure de blessures et de fêlures relatives au passé, justement les fantômes sont-ils plus facilement exorcisables via la musique ?
C’est la catharsis quoi, comme à l’époque de la Grèce antique, où les gens venaient pleurer, en regardant une pièce de théâtre. En tout cas, je ne sors pas tout, il y a beaucoup de choses qui restent dans mes tiroirs, qui sont en attente ou qui sont en cours. Je m’exprime vachement, j’écris et après je fais un tri, pour essayer de le partager. Ecrire c’est en quelque sorte pour préciser sa pensée à soi-même, car avec les mots on avance. Il y a de la censure aussi dans l’écrit, il y a pleins de choses cachées et de trésors dans l’écriture. Ça me fait du bien d’écrire, de composer, de me mettre au synthé, au piano et de faire de la musique. Avec tout ça, j’oublie tout, après concernant le partage c’est autre chose.
C’est un genre de mélopée mélancolique ?
Il y a un côté automne, plus que monotone, avec les feuilles qui tombent, mais par contre sur les feuilles, il y a pleins de couleurs différentes. Je n’aime pas les chansons qui traitent de l’hyper-réel et les choses qui nous ramènent trop à la réalité. Il y a une limite que je n’arrive pas à franchir.
As-tu l’impression de constater que les chansons d’amour sont davantage chantées par des femmes et que c’est également un comportement très féminin ?
Il n’y a pas que les filles qui parlent d’amour et de ruptures, il y a aussi les garçons. Daho par exemple, c’est un grand romantique, ses chansons sont magnifiques. Dominique A c’est un répertoire très sensible. Il y a beaucoup de filles qui chantent des chansons d’amour, alors que derrière les auteurs sont des hommes. Souvent on aime une chanteuse, alors qu’au final, c’est écrit par un homme. Les sentiments liés à la mélancolie sont chez tout le monde, après il y a la pudeur, il y a des filles pudiques et puis il y a la langue, avec le français on comprend tout. Antony & the Johnsons c’ est hyper mélancolique et ça ne parle que d’amour. Bon Iver, c’est de l’amour aussi, avec sa chanson « For Emma ». Gainsbourg c’est aussi de l’amour « Je suis venu te dire que Je m’en vais », « Histoire de Melody Nelson ». Bashung, avec « Madame Rêve », il parle d’une femme c’est magnifique. Il y a une liste incroyable. Ce n’est pas parce que c’est une fille qui chante que c’est plus mignon. Après chaque personne a son style. Moi je suis ultra-sensible, plutôt dans l’émotion.
Remerciements: Loane, Audrey Vauvillier
























